Art asiatique chez soi : regarder, encadrer, conserver
Une affiche de Shanghai des années 30 se reconnaît à son format vertical, à un calendrier yuefenpai imprimé dans la marge et à une figure féminine en pied, souvent associée à une marque. Une peinture à l’encre se regarde en suivant l’ordre des gestes et la place des vides, pas en cherchant un sujet central. Une œuvre sur papier se conserve à l’abri de la lumière, des variations d’humidité et des manipulations, encadrée sous verre avec une marge de papier non collée.
Mis à jour le 15/09/2026Lecture 6 minTous niveaux
Comment reconnaître une affiche de Shanghai des années 30 et la dater ?
Trois éléments suffisent à orienter une identification.
Le format d’abord. Les affiches publicitaires chinoises de cette période sont majoritairement verticales, imprimées en lithographie couleur, dans des dimensions proches de 50 x 75 cm ou 78 x 53 cm selon les imprimeurs. Un format nettement plus petit ou horizontal doit faire chercher une autre piste : calendrier de bureau, étiquette, page de magazine.
Le calendrier ensuite. Le mot yuefenpai désigne précisément ces affiches-calendriers : un cartouche porte les douze mois, parfois les douze feuillets détachables, et c’est là que se trouve la date. Quand le cartouche est coupé ou rogné, la datation devient une affaire de comparaison : coiffure, chaussures, typographie du nom de marque, adresse de la maison de commerce.
La figure enfin. La femme y occupe presque toute la hauteur, en qipao ou en robe à la mode de l’année, tenant un objet de la marque : cigarette, savon, tissu, cosmétique. Les motifs de nouvel an nianhua, plus anciens, fonctionnent autrement : composition frontale, symboles de prospérité, personnages multiples, pas de produit de marque.
Pour dater sans se tromper, on relève le commanditaire, le slogan et l’adresse imprimée. Une adresse qui change situe une réédition. Un slogan qui apparaît ou disparaît marque un basculement politique. La méthode d’analyse de ces images, avec les critères de description et les sources consultables, est documentée sur les affiches de Shanghai et dans les archives numérisées des grandes bibliothèques. La Bibliothèque nationale de France conserve un fonds d’affiches chinoises consultable en ligne, utile pour comparer deux tirages du même visuel.
Ce qu’on ne fait pas soi-même : on ne date pas une affiche à partir d’une seule photographie prise au téléphone. La trame d’impression, le grain du papier et les couleurs de réserve ne se lisent pas à l’écran.
Comment regarder une peinture à l’encre chinoise et ce qu’on y cherche ?
On regarde une encre dans l’ordre où elle a été peinte.
Commencez par le support. Papier de riz ou soie : le papier boit, la soie retient. Sur soie, les contours restent nets et les lavis se superposent sans bavure. Sur papier non apprêté, une touche humide s’étale immédiatement, et cette étalure fait partie de l’œuvre.
Suivez ensuite le geste. Un trait tracé d’un seul mouvement garde une épaisseur variable, plus appuyée au départ, plus fine à l’arrivée. Un trait repris montre des reprises, des hésitations, des empâtements. Cette différence distingue une main entraînée d’une copie.
Cherchez les vides. Dans la peinture à l’encre moderne, la surface non peinte n’est pas un fond neutre : elle porte le ciel, l’eau, le souffle, la distance. Un paysage dont le tiers supérieur reste blanc n’est pas inachevé. Comptez la place du vide, notez où il se situe, et vous tenez souvent la clé de la composition.
Repérez enfin les inscriptions. Un colophon, texte écrit dans un coin, donne le nom du peintre, la date, parfois le destinataire. Les sceaux rouges, apposés par l’auteur ou par des collectionneurs successifs, s’ajoutent au fil des siècles : leur nombre et leur position racontent une circulation.
Pour un rouleau, la lecture se fait par sections, de droite à gauche, en déroulant progressivement. On ne déroule jamais un rouleau entier d’un coup sur une table : le papier travaille, les plis marquent.
Encadrer une œuvre sur papier : ce qui abîme, ce qui protège
Le papier craint quatre choses : la lumière ultraviolette, les variations d’humidité, les insectes et les colles.
L’encadrement correct repose sur trois principes.
Le montage sans colle. L’œuvre est maintenue par des bandes de papier japonais et d’amidon de blé fixées au dos, ou par des coins de polyester translucide. Jamais de ruban adhésif, jamais de colle en aérosol, jamais de papier collant double face : ces produits migrent dans la fibre et tachent définitivement.
La marge. Entre le bord de l’œuvre et la baguette, on laisse une passe-partout de carton neutre sans acide, de 5 à 10 cm selon le format. Cette marge évite le contact avec le verre et laisse le papier respirer.
Le verre. Un verre filtrant les UV réduit le jaunissement et la décoloration des encres et des pigments. Pour une affiche lithographiée des années 30, dont les rouges et les bleus sont sensibles, ce filtre change la durée de vie de l’objet.
Ce qu’on ne fait pas soi-même : on ne dépoussière pas une encre avec un chiffon sec. On ne redresse pas un papier ondulé en le repassant. On ne découpe pas une marge d’origine pour faire entrer l’œuvre dans un cadre standard.
Conserver un rouleau ou une feuille non encadrée : les gestes de base
Un rouleau se conserve enroulé, jamais plié, dans une boîte rigide à l’horizontale, avec un noyau de diamètre suffisant pour éviter les cassures. On le sort deux fois par an pour l’aérer quelques heures à l’ombre, dans une pièce à humidité stable.
Une feuille non encadrée se range à plat, entre deux cartons neutres sans acide, dans une pochette de polyester ou de papier de soie non tamponné. On évite le tube en carton ordinaire, qui transmet l’acidité et marque des plis permanents.
Les repères de conservation :
- humidité relative entre 45 et 55 pour cent ;
- température stable, autour de 18 à 21 degrés ;
- éclairage indirect, pas d’exposition prolongée au soleil ;
- pas de grenier, pas de cave, pas de mur derrière lequel passe une canalisation.
Pour les insectes, on surveille les bords et les plis, points d’entrée habituels. Un trou régulier de quelques millimètres signale une activité, et le traitement se fait chez un restaurateur, pas à la bombe.
Où trouver des descriptions vérifiables et des sources consultables
Le marché de l’art asiatique circule beaucoup en ligne, avec des descriptions approximatives et des datations optimistes. La bonne pratique consiste à croiser trois types de documents : les notices de musées et de bibliothèques, les catalogues d’exposition datés, et les lexiques qui fixent le vocabulaire.
Un lexique sérieux distingue par exemple yuefenpai, nianhua, colophon, sceau, rouleau vertical et rouleau horizontal. Sans ce vocabulaire, on confond une affiche-calendrier avec une publicité de magazine, ou un rouleau avec une feuille montée sur soie.
Une chronologie d’expositions aide aussi à situer une œuvre : un peintre exposé à Paris dans les années 1930 n’a pas le même parcours qu’un peintre resté à Shanghai, et les supports employés diffèrent. Ces échanges entre la Chine et la France sont documentés, avec les dates et les lieux, dans les revues spécialisées et les archives de galeries.
Pour la lecture des notices, la règle est simple : une mention sans source n’est pas une information. On note systématiquement d’où vient chaque affirmation, et on garde la trace des documents consultés.
Ce qu’il faut retenir avant d’acheter ou d’accrocher
Vérifiez la date avant le style. Sur une affiche, cherchez le cartouche du calendrier et l’adresse du commanditaire. Sur une encre, cherchez le colophon et les sceaux.
Encadrez sans coller, avec une marge et un verre filtrant. Rangez à plat ce qui n’est pas encadré, et déroulez un rouleau par sections.
Et acceptez une limite : la datation fine, la restauration des déchirures et le traitement des moisissures demandent un professionnel. À la maison, on peut regarder, encadrer et conserver correctement. On ne peut pas réparer.